C'est en 1679 qu'apparaît, pour la première fois, dans les archives
notariales de Moustiers, le terme de " faïencier ", attribué à Pierre
1er Clérissy, marquant ainsi le passage d'une production de céramique
utilitaire, notamment destinée à la construction, à une production
de vaisselle raffinée, à émail stannifère, demandée par une large
clientèle qui doit remplacer l'orfèvrerie fondue pour renflouer
le Trésor royal ruiné par les guerres de succession d'Espagne.
Si Pierre 1er Clérissy devient alors le fondateur d'une véritable
dynastie de faïenciers à Moustiers son frère, Joseph, part pour
Marseille et prend la direction de la fabrique de Saint-Jean-du-Désert.
De la fabrique du premier sont issus de grands plats à décor Tempesta
et des deux fabriques de très nombreux services armoriés ou " au
chiffre " en remplacement de l'argenterie et commandés par la noblesse
de la France entière tant la qualité des faïences de Marseille et
de Moustiers est exceptionnelle.
Dans la première moitié du XVIIIe siècle apparaissent, dans la
fabrique de Joseph Olérys, les premières faïences
polychromes produites à Moustiers, toujours cuites au grand feu,
ce qui restreint la palette des couleurs. C'est là aussi que naîtront
les " grotesques " qui restent encore
le décor de Moustiers le plus populaire.
C'est avec les frères Louis et Jean-Baptiste Ferrat
vers 1760, qui utilisent presque systématiquement la cuisson au
petit feu, qu'explosent des couleurs vives et chatoyantes.
Vers la fin du XVIIIe siècle la faïence de luxe de Moustiers périclite,
concurrencée par la faïence fine anglaise, qui bénéficie d'une franchise
pour entrer en France, et la porcelaine.
Faïence à décor Tempesta
Cette faïence a été produite à Moustiers par la fabrique de Pierre
et Antoine Clérissy de 1680 à 1720 environ.
Les pièces décorées en camaïeu bleu, cuites au grand feu, sont généralement
de grande taille.
Le décor est constitué d'un important sujet central imité du peintre
et graveur italien Tempesta ou copié sur la Bible de Sacy. Il s'agit
donc de thèmes bibliques, mythologiques ou de scènes de chasse.
Sur l'aile, au XVIIe siècle, les motifs sont inspirés de la Renaissance
italienne : rinceaux, acanthes, mascarons...puis au début du XVIIIe
siècle ils évoluent vers des broderies et des dentelles.
Plat décoré d'une scène de chasse au
lion. Sur l'aile arabesques et mascarons dits "têtes d'esclaves"
Moustiers, fin du XVIIe siècle
D. 51 cm
Faïence à décor genre Olérys
Cette faïence a été produite par les fabriques d'Olérys, Clérissy,
Fouque, à partir de 1737. Avec ces pièces, principalement des pièces
de service plutôt que des pièces ormentales, cuites au grand feu,
apparaissent de nouvelles couleurs et la polychromie.
Le décor dit "à la fleur de pomme-de-terre" ou "à la fleur de solanée"
est toujours symétrique, constitué au centre d'une composition florale
et sur l'aile de bouquets alternant avec des fleurettes.
Assiette,
Moustiers
XVIIIe siècle
Dépôt de l'Etat
D. 25,6 cm
Assiette,
Moustiers
XVIIIe siècle
D. 25,5 cm
Plat,
Moustiers
XVIIIe siècle
L. 41,3 cm l. 31 cm
Faïence genre Ferrat
Ces faïences polychromes, proches de celles de Marseille et de
Strasbourg, cuites au petit feu ont été fabriquées à Moustiers dès
1760.
On a tendance à les attribuer à la fabrique de Ferrat qui a signé
de nombreuses pièces mais on rencontre aussi parfois les marques
de Fouque, Féraud et Thion. La technique du petit feu consiste à
poser le décor sur l'émail stannifère blanc après qu'il ait été
cuit une première fois au grand feu.
Une deuxième cuisson est alors nécessaire, à température moins élevée.
Des couleurs plus fragiles peuvent ainsi être utilisées et permettent
d'obtenir des verts vifs, des mauves, des carmins très délicats.
D'autre part le peintre, qui travaille sur un fond déjà vitrifié,
peut revenir sur le graphisme et produire des décors fins et précis.
Assiette à décor inspiré des symboles
de la franc-maçonnerie
La Rochelle
XVIIIe siècle
(pièce de comparaison)
D. 23,5 cm
Bouquetière d'applique
à décor floral
Moustiers, fabrique de Ferrat.
vers 1780
H. 28 cm L. 26 cm
Faïence à décor "Grotesques"
Vraisemblablement créé par Olérys, ce décor a été le décor de Moustiers
le plus imité.
L'asymétrie caractéristique du style Louis XV y règne. Des figures
fantaisistes, fantastiques, parfois humoristiques, toujours débordantes
de vitalité, sont disposées sur des terrasses.
Ces décors, cuits au grand feu, sont généralement monochromes, jaunes,
vert olive, manganèse ou dans ces couleurs associées. Plus tardivement
apparaît le "décor au chinois".
Assiette au rare motif représentant
un gnome entouré d'insectes
Moustiers,
XVIIIe siècle
D. 25,5 cm
Assiette alliant des éléments du décor
"à grotesques" et des éléments exotiques tel le "chapeau chinois"
porté par le chat