Issu d'une des plus anciennes famille provençale,
la famille de Grasse, Jean-Paul de Clapiers, marquis de Cabris,
épouse en 1769 Louise de Riqueti, fille du marquis de Mirabeau "l'ami
des Hommes" et soeur de Honoré-Gabriel Mirabeau, le futur député
du tiers état.
Le couple, qui ne s'est connu qu'à la veille
de son mariage, aménage d'abord chez la mère du jeune homme qui
possède une demeure cossue à la périphérie de la ville.
A la suite de constants conflits avec la marquise douairière, Jean-Paul
de Clapiers Cabris décide de faire édifier sa propre demeure immédiatement
en contre bas de celle de sa mère, de façon à lui boucher la vue
vers les terrasses de cultures et la côte. Enfin, pour lui être
tout à fait désagréable, il fait sculpter une tête de Gorgone vomissant
des vipères au dessus de la porte d'entrée que la vieille dame ne
pouvait manquer de voir de ses fenêtres.
Pour ce nouvel hôtel particulier rien
n'est trop beau. Jean-Paul de Clapier Cabris veut rivaliser avec
les beaux hôtels aixois qu'il avait découverts lors de ses études.
La conception est confiée à un architecte d'origine milanaise,
Jean Orello, qui imagine ce qui reste l'une des plus élégantes maisons
de Provence, dans un esprit toutefois très italien avec ses façades
colorées scandées de larges bandes horizontales en calcaire blanc.
Pour l'aménagement intérieur rien n'est trop beau. Le marquis,
esprit fantasque et un peu fol, ne recule devant aucune dépense
: des boiseries et le mobilier sont commandés à Paris, le hall d'entrée
est décorés de bas reliefs réalisés par le sculpteur André Brenet,
le marbre vient de Marseille, les carreaux de faïence du nord de
la France. Ces dépenses somptuaires confèrent un charme et une grâce
certains au bâtiment mais ruinent ses propriétaires et les travaux
ne sont jamais réellement achevés. Le nouvel hôtel particulier est
vendu aux enchères en 1813 par la comtesse de Navailles, fille unique
du couple.
Alors que l'édifice a traversé sans dommages
la tourmente révolutionnaire, il est alors saccagé par ses nouveaux
propriétaires qui vendent les décors et le transforme en annexe
d'une parfumerie proche et en appartements de rapport.
François Carnot, fondateur du musée, ne se contente pas d'accumuler
des collections mais il essaie de restituer à la demeure, qu'il
commence à faire restaurer, son atmosphère de maison aristocratique,
restituant à chaque objet, chaque fois que c'est possible, sa place
logique dans une habitation : salon,
chambre, cuisine,
sont ainsi reconstitués.