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Une histoire de la parfumerie
De la Révolution industrielle à la Belle Epoque
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Brutalement vers 1850, dans un pays comptant plus
d'artisans que d'ouvriers, une mutation profonde intervient, intimement
liée aux progrès et à l'essor scientifique, transformant la vie
économique et quotidienne des français : la révolution industrielle.
Evénement majeur du XIXe siècle, l'industrialisation constitue
le fondement de la parfumerie contemporaine :
> de nouvelles méthodes d'extraction,
en particulier par dissolvants volatils, apparaissent. Le grassois
Léon Chiris en achète le brevet et crée la première usine exploitant
cette technique. Grasse se spécialise dans la production et le traitement
des matières premières ; les parfumeurs s'installent dans les anciens
couvents de la ville, désaffectés depuis la Révolution française,
et conquièrent les marchés mondiaux ;
> l'arrivée triomphante de la synthèse
organique industrielle met à la disposition des parfumeurs,
à des prix très intéressants, des produits synthétiques reproduisant
des substances naturelles déjà utilisées en parfumerie : vanilline
(note vanille), coumarine (note fève tonka), ionone (note violette),...
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> les parfums, ainsi fabriqués
industriellement et comportant des produits de synthèse, sont donc
moins onéreux et connaissent une large diffusion ;
> les grandes verreries
qui se créent, produisent en série et à bas prix des flacons en
verre et favorisent ainsi la création ou l'expansion de célèbres
maisons de parfumeries comme Gellé Frères, Guerlain, Lubin, Millot,
Rigaud, Roger & Gallet, Ed. Pinaud, L.T. Piver,...
A la fin du XIXe siècle, les parfums voluptueux imposent leurs
senteurs de patchouli, de musc ou d'héliotrope dont on imprègne
fourrures et châles des Indes.
Leurs flacons, simples supports aux formes standardisées, s'ornent
d'étiquettes de plus en plus complexes et riches. A l'origine essentiellement
utilitaire, l'étiquette
devient au XIXe siècle pure illustration, stimulant l'imagination
des dessinateurs romantiques : bouquets haut en couleurs, paysages
lointains que l'on ne connaît qu'en rêve,...
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L'étiquette se fait aussi l'écho de l'actualité
politique, portraiturant les souverains, ou artistique avec les
effigies d'actrices souriantes.
Mais la nécessité d'une nouvelle forme d'art, reflet d'une société
résolument moderniste, se fait bientôt sentir.
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Apparait alors l'Art Nouveau,
qui veut lutter contre la tristesse et la banalité de la production
de masse due à l'industrialisation. Ce mouvement veut promouvoir
des créations de haute qualité, réactualisant grâce à l'originalité
des formes le goût perdu pour la beauté.
Le style Art Nouveau trouve son inspiration dans l'observation et
la sublimation de la nature, un goût certain pour la ligne, les
modèles orientaux et japonais et le culte de la femme, dont la sensualité
et les formes souples du corps, sont en parfaite harmonie avec l'esthétique
1900.
Exubérance dans l'ornementation, amour de l'asymétrique, recherche
systématique du flexible inspiré des formes florales caractérisent
l'Art Nouveau qui remporte un fantastique succès, en particulier
dans les arts décoratifs.
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C'est ainsi que l'architecte
décorateur Hector Guimard conçoit pour le parfumeur Millot, à l'occasion
de l'Exposition Universelle de 1900 à Paris, un flacon en verre
moulé, aux lignes sinueuses et asymétriques qui lui confèrent une
esthétique totalement novatrice, inaugurant la première collaboration
entre un "designer" et un parfumeur.
La plus célèbre reste celle qui unit en 1907 les destins du parfumeur
François Coty et du verrier
René Lalique qui commercialisent Ambre Antique dans un flacon aux
surfaces subtilement façonnées.
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François Coty,
formé par le grassois Antoine Chiris, bouleverse également la parfumerie
traditionnelle en composant des parfums alliant essences naturelles
et produits de synthèse issus de la révolution industrielle. Ainsi
naissent les archétypes de la parfumerie contemporaine : la
Rose Jacqueminot, l'Origan, Ambre Antique, le mythique Chypre
,... La parfumerie contemporaine est née.
"Donnez à une femme le meilleur produit
que vous puissiez préparer, présentez-le dans un flacon parfait
d'une belle simplicité, mais d'un goût impeccable, faites le payer
un prix raisonnable, et ce sera la naissance d'un grand commerce
tel que le monde n'en a jamais vu".
François Coty
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Dès lors, le parfum acquiert
un véritable statut d'oeuvre d'art dont le nom et le flacon évoquent
la fragrance. L'étiquette illustrée disparaît au profit d'un titre,
d'une marque à l'élégance stricte.
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Une nouvelle
révolution s'opère lorsque le grand couturier Paul Poiret, qui libère
la femme du corset, impose le parfum comme partie intégrante de
la parure féminine. En créant la marque Les
Parfums de Rosine, du prénom de sa fille aînée, il devient
le premier couturier parfumeur, alliant ainsi deux secteurs d'activités
qui font le prestige de la France : la haute couture et la parfumerie.
Il conçoit lui-même les flacons de ses parfums, composés par Henri
Alméras, dont il confie l'emballage aux Ateliers de Martine, du
prénom de sa seconde fille, qu'il a fondés.
Chaque flacon devient "objet d'art longuement
composé pour être en complète affinité et en profonde harmonie avec
le parfum qu'il recèle".
Paul Poiret
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Verrerie de la Bocca
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L'histoire des flacons de série, en verre, se développe essentiellement
au XIXe siècle, avec la révolution industrielle.
Dès le premier tiers du siècle, de tous nouveaux procédés sont
mis au point. Les récentes techniques de moules permettent alors
d'imiter les flacons taillés et d'obtenir, à l'infini, décors d'arabesques
et motifs géométriques.
La verrerie de Cannes-la-Bocca, créée en 1857, produit des flacons
en verre noir, bleu, verdâtre ou blanc, soufflé puis moulé, dont
certains présentent des décors en relief.
Ses principaux clients sont les parfumeurs de la région : Grasse,
Vallauris, le Cannet.
Cette verrerie cesse ses activités en 1899, victime de la concurrence
des grandes verreries
industrielles.
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Etiquette
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Dès le début du XIXe siècle, l'étiquette occupe une place très
importante dans l'histoire du flaconnage. Toujours plus complexe,
toujours plus riche, elle orne un flacon qui devient un simple support
aux formes standardisées.
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La maison L T. Piver possède le privilège de l'âge. Fondée dès
la fin du XVIIIe siècle, elle est l'une des premières à comprendre,
au milieu du XIXe siècle, la nécessité de passer rapidement de la
fabrication artisanale des parfums au stade industriel.
Créée plus tardivement, la marque ED. Pinaud fait partie des grandes
maisons qui concourent au prestige de la parfumerie dès le siècle
dernier. Elle fournissait de nombreuses cours européennes.
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François Coty
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A la fois "Artiste, industriel, technicien, économiste, financier,
sociologue" comme l'indique sa carte de visite, François Coty (1876-1934)
est un homme de génie. D'origine corse, il découvre la parfumerie
à Paris et fait son apprentissage à Grasse auprès d'Antoine Chiris.
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Sans doute l'un des parfumeurs les plus novateurs du XXe siècle,
il est également politicien, élu maire d'Ajaccio en 1931 ; magna
de la presse, propriétaire du Figaro puis du Gaulois ; ami des arts
et mécène. C'est ainsi qu'il finance de nombreuses expositions,
mais aussi la traversée de l'Atlantique Paris - New York par Costes
et Bellonte.
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Chypre
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L'origine patronymique des parfums "Chypre" n'est pas clairement
établie mais deux hypothèses peuvent être retenues :
> le Cyprus de Kypros, arbre de Chypre à feuille de jujubier,
donne par cuisson dans l'huile, le parfum appelé cyprus.
> l'île de Chypre était très riche en végétaux odorants, comme
le ciste et souchet.
La palette des matières premières utilisées dans les compositions
appelées "Chypre" demeure inchangée pendant des siècles ; puis l'apport
des premiers synthétiques odorants industriels et de nouveaux types
d'extraits naturels sont exploités dans une période allant de la
fin du XIXe siècle au début du XXe siècle, et plus précisément à
1917, date de la création du fameux "Chypre" par François Coty qui
symbolise le point d'orgue de cette famille
de compositions.
En effet, alors que les parfums restent jusqu'à la Grande Guerre,
élitistes et à diffusion limitée, Coty en 1917 rompt la tradition
avec son "Chypre", le premier parfum grand public à retentissement
exceptionnel.
Plusieurs dizaines de parfums au patronyme "Chypre", suivent jusque
vers 1950, début de la parfumerie contemporaine.
Si la forme olfactive des Chypre a évolué au cours des âges, comme
celle de tous les parfums, elle reste marquée par la présence de
mousse de chêne, d'iris et de composants musqués et ambrés.
La dénomination "Chypre" ou le qualificatif de chypré, ont été très
utilisés par les parfumeurs contemporains.
Si l'on consulte les catalogues des Parfumeurs entre 1919 et 1949,
c'est-à-dire après l'apparition du fameux Chypre de Coty, force
est de constater que chacun d'eux comportait une référence "Chypre",
souvent classée dans les parfums de fleurs tels que Oeillet, Rose,
Héliotrope, Jasmin, Géranium...
Quant à la disparition observée du nom "Chypre", parmi les nouveaux
parfums créés ces dernières années, elle est probablement liée au
développement des stratégies de marketing et de communication des
parfumeurs. Le besoin de rêve et d'évasion exige d'avantage d'imagination
pour baptiser de manière de plus en plus originale, de plus en plus
évocatrice ou suggestive, une création parfumée.
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